Apostasie

Y a-t-il un nom à ce syndrome particulier que je ressens chaque fois qu’un livre me bouleverse au point de faire vaciller mes bases les plus sûres ? Sitôt que j’en referme les pages, je me retrouve devant ce grand vide : que s’est-il passé véritablement ? Suis-je certaine d’avoir encore la mémoire de l’histoire ? Non, je ne sais plus les détails, c’est pourtant à eux que je me suis accrochée mais je dévisse. Je ne sais qu’une chose : je ne suis plus la même. Ma peau colle de l’atmosphère, mon esprit en état de choc en redemande encore.

Ce premier choc esthétique, traumatisme de beauté, de rigueur, de maîtrise, c’était Là-Bas de Joris-Karl Huysmans.

Le deuxième et dernier en date, c’est Apostasie de Vincent Tassy.

Oui, je pourrais vous dire qu’il s’agit du besoin de retraite, de grands espaces et de lecture d’Anthelme, parangon du héros romantique moderne, de ses rencontres avec des figures vampiriques : je ne vous gâcherais pas la fin, je ne dévoilerais aucun secret.

Mais Apostasie, c’est un souffle. Doux, puis de tempête, de fracas. C’est un conte de mille et une nuits orageuses.

Apostasie, c’est la poésie, servie pas la plus exigeante musique. Apostasie met le monde entre parenthèses. Il suffit de se laisser porter par la voix, les voix, qui nous tiennent la main et nous guident dans des récits enchâssés.

Apostasie pourrait être un rêve. Mais Vincent Tassy ne cède jamais aux facilités. Les personnages, aux psychologies soignées, troublent par le mélange terrible de la sensibilité et de la cruauté. L’auteur dresse des jeux de miroir qui reflètent le sang à l’infini. Apostasie est un roman à épines. Vous voudrez vous y piquer et vous y piquer à nouveau. Maintenant, vous le saurez : les nuits sont trop courtes…