De la description

C’est pratique, une description. Cela permet à un auteur d’expliquer, précisément, les comment des pourquoi. C’est l’arme suprême (croit-on !) pour imposer au lecteur l’image d’un lieu, d’un personnage. C’est l’incise, parfois fourre-tout, où surabondent les informations. C’est sans doute pour cela que la description traîne cette réputation de parenthèse neutre, objective, ennuyeuse… J’ose croire que les interminables descriptions de Tolkien ne sont pas pour rien dans cet essoufflement des lecteurs, qui peuvent en effet perdre de vue l’action en elle-même. La place de la description chez Tolkien, voici qui mériterait une vie d’étude…

Quel gâchis, que cette idée reçue qui se transmet trop bien de nos jours. La description est, pour moi, le contraire d’une parenthèse et le contraire de l’objectivité. Elle est une voix, une parole indirecte, c’est la voix intérieure d’un personnage, un point de vue. Chez Eugène Fromentin, c’est elle qui nous dit le déchirement de Dominique qui doit tout quitter ; chez Victor Hugo, c’est elle qui nous fait ressentir l’émerveillement de Quasimodo contemplant Paris du haut de Notre-Dame ! Qu’elle se fasse inventaire et elle fait la preuve d’un esprit obsédé, qu’elle se fasse irréelle et le rêve prend place… La description, c’est elle qui règne en maîtresse, lorsqu’il s’agit de lyrisme et dépeindre un paysage, c’est faire le portrait de ses états d’âme.

La description est le langage qui se substitue aux dialogues plats, non nécessaires, inefficaces. C’est pourquoi, pour moi que les facilités portent à la fureur, elle est l’évidence.