Par-delà le Val sans retour

Harassants, le chemin et ses traverses. Lente, la progression à découvert. Loin, le foyer abandonné. Long, le temps que l’on ne sait plus compter. Le premier pas, solennel, signe l’engagement : on ne se découragera pas, on ne s’arrêtera pas. Pas avant d’avoir atteint son but. Même si la destination rend fous les augures.

Après le bourg il y a la forêt, après la forêt la jungle, après la jungle les glaces, après la vie la mort. Il a fallu marcher, souffrir sans perdre cette attention proche du qui-vive : le bandit, lui aussi, fait le chemin. Nous nous y sommes trouvés, nous, les solitaires, méfiants. Hostiles et peureux à la fois. Nous n’avons pas renoncé alors que la plaine immense pensait nous perdre. Nous avons affronté la pluie qui a constellé nos visages de cicatrices. Le pied ne saigne plus, les cailloux se sont polis à son passage et le soleil se couche, moins fatigué que nous.

Le voyage s’éprouve, le voyage s’endure, le voyage endurcit. Le corps sait sa victoire quand la distance, semblant s’allonger, se joue de l’esprit. Le soleil a chassé les brumes : deux saisons ont passé. Deux saisons d’efforts, à débusquer la pitance et chercher l’abri ont asséché les peaux et creusé les rides. Les yeux se sont écarquillés, l’impossible s’est produit. Nous ne serons plus jamais les mêmes, par-delà le Val sans retour.

© Hilda Alonso.