Deuxième extrait

Pas de buée sur le miroir. « Il est temps de les enterrer toutes deux », fit simplement Éponine. Elle considéra la poussière tombée sur l’épaule de Ménehould. Impossible de déterminer avec justesse quand elle avait poussé son dernier soupir. Un rayon s’échoua sur les défuntes enlacées. Moment de grâce au cœur d’une misérable masure : cette lumière, le doigt de Dieu, semblait reconnaître et bénir une bien modeste piéta, fragile monument de la tendresse éternelle.

Éponine vida sa besace, étala sur la table le bol et le pilon, un œuf, des branches d’acacia, de millepertuis et d’ortie. Elle ordonna aux hommes de sortir, avisa Gontrade, la plus forte des femmes présentes : il fallait prodiguer les derniers soins. La paysanne avait le pas lourd mais silencieux. Elle ajusta rudement son bonnet, entreprit de séparer les deux corps. Le hurlement qu’elle poussa alors fit cesser jusqu’au chant des oiseaux…

© Hilda Alonso.