La flamme en l’azur

Bien sûr, pas de rosace pour eux. Ce serait trop. Les petites gens endossent beaucoup mais ils s’émeuvent et se taisent, gênés sitôt qu’on leur montre leur propre flamboyance. Les petites gens ne quittent pas leur place, pour être sûrs de bien s’y tenir. D’ici, ils ne bougeront pas. Ils sont figés dans leur élan. Ils sont fringants, un mégot à la lèvre claire, ils portent fièrement la torche, ils ont le dos droit. Leur main tient celle d’un enfant qui ne tousse pas. Rares, les herscheuses courbées derrière le wagonnet. Plus loin, on se cache le visage d’une main, les yeux sont fermés. Vous ne verrez pas ce qu’ils refusent de regarder. Vous ne saurez pas que le chien, l’enfant, le cheval et le grand-père sont entrés, ce matin, dans leur tombe. Ils ne le savaient pas non plus. Ils reposent au creux des ténèbres comme au chaud de leur lit.

Les écrits brûlent, les vitraux restent, contre les arguments du silence, qui a toujours le dernier mot. La lumière du ciel me traverse mais elle n’est pas parvenue jusqu’à eux. La mine est trop profonde. Non, il n’y a pas de rosace et pas de cathédrale pour les mineurs, il faut croire que Dieu met du temps à reconnaître les siens. Moi, le vitrail minier, je leur donne des visages et je leur offre l’aile de mon plomb forgé, pour qu’ils prennent enfin, un envol. Mais je suis un vitrail en colère : on admire mes couleurs alors que je devrais être noir, noir comme leur œil et noir comme le charbon sous leurs ongles cassés. La lumière du ciel me traverse, les honore et les aveugle, eux qui ont vu passer leur vie dans les nuits successives d’outre-terre.

“Où nous conduiront tous ces mots qui rassurent
Les temples élevés, le Verbe reçu
Comme autant de vitraux, la flamme et l’azur
À tout jamais liés en arche perdue.”*

* In “Les temples élevés”, album Tristesse des Mânes, Collection d’Arnell-Andréa, Prikosnovénie.

© Hilda Alonso.