La genèse du Cabinet de Curiosités

 

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C’était en 2009, lors d’une soirée entre copains où personne jamais ne vient seul mais en bande, où des grappes successives s’agglutinent dans des appartements trop petits avant de terminer à la taverne, pour rentrer à pieds et enterrer l’aube.

Je m’émerveille déjà du travail d’une certaine Ravendusk quand je rencontre Alexandra. Son rire fuse face à mon étonnement : c’est que la jeune fille est frêle, discrète, loin des clichés du milieu gothique/métal et j’ai du mal à cacher mon trouble. L’affinité naît du quiproquo, de la culture commune, du demi-mot. Nous sommes de ces amies qui n’ont pas besoin de se raconter leurs vies dans les moindres détails pour que se tisse la complicité. Qui n’ont pas à s’appeler régulièrement pour se rester fidèles. Pas à s’expliquer longuement pour que l’autre comprenne l’idée.

Je suis son évolution artistique et ne suis pas la seule à m’extasier devant sa série « Le Cabinet de Curiosités » dont trois pièces ont été révélées : la sirène, Clockwork Fairy et Sepia Morphine. Nous partageons notre vice pour la cuisine japonaise lorsque je m’entends lui dire avec aplomb : « Quoi qu’il se passe, sache-le, je vais l’écrire ton Cabinet de Curiosités ! Il m’inspire ! » Loin de se piquer de mon impertinence, de se braquer de ce détournement annoncé, elle m’encourage ! Il n’en fallait pas plus pour faire s’emballer la machine. En quelques heures, je brosse quatre scenarii, chacun assorti de quatre développements différents. L’un d’eux est plus faible, il manque une véritable chute. Alexandra a les yeux dans le vague, elle prononce un simple mot : le roman graphique est né.

Nous n’avions jamais pensé à travailler ensemble. À cette époque, je soumets encore mes manuscrits en vain. Je découvre, effarée, la capacité de travail d’Alexandra. Cette femme est une machine douée de sensibilité. Elle est un œil, elle est une main, elle réfléchit à toute vitesse. Elle est capable de transcender les propositions et ses créations, sans trahir l’identité d’un personnage, vont bien au-delà de l’illustration d’un texte. C’est une collaboratrice fiable, motivée, qui transmet son bonheur de créer. Nous sentons, sans véritablement en parler, sans jamais nous appesantir, que nous habitons déjà le même Cabinet de Curiosités. Nous avons la même exigence et tant de passion que nous avons travaillé sans le savoir.