Le sacerdoce du cri

Ce roman est un long cri. Une note ténue, une note tenue, qui use l’apnée. Il raconte, sans que personne ne le sache, comment un être peut se transformer en volcan.

La chose demande du temps. Le silence qui précède le cri est peut-être encore plus terrifiant. C’est bien cela qui me pétrifie, dans ce célèbre tableau : que Le Cri soit muet.

Certaines colères font un nid et grouillent, comme des serpents. Le silence suppure. Il colle à la peau. On veut dire : la bouche s’ouvre, le regard se vide mais le mot a perdu sa valeur. On pleure sans le vouloir, sans le contrôler, sans larmes le plus souvent. L’inacceptable serre la gorge. Très longtemps. Un jour, manquer d’air inspire, paradoxalement.

Hurler, c’est vomir. Faire craquer le fil sur la bouche cousue. Se prouver qu’on existe encore !Se préparer à respirer à nouveau. Le cri, c’est ce qui sort quand dire ne suffit plus. Sa puissance ne tient pas à l’assourdissement qu’il provoque mais à la puissance de ce qu’il transmet : le point de rupture dépassé. C’est la démonstration de l’extrême. L’aigu transperce, témoigne de la gravité.

Il résonne jusque dans les tripes de celui qui l’entend. Alors, comme un loup, on a envie de hurler à son tour, ne serait-ce que pour dire : « Oui, je t’ai entendue. Je comprends sans savoir car je n’ai pas besoin de savoir pour percevoir ce qui t’emporte. Je crie avec toi parce que personne, même l’ennemi, ne devrait avoir à crier comme ça. »

© Hilda Alonso.