Le titan Roman

Ce dont rêvent les Ombres, Le Cabinet de Curiosités ne devaient pas exister. Je suis la première surprise de leur avoir donné vie…

Étudiante, rodée aux lectures analytiques, rompue à la traque des figures de style, je deviens une véritable lectrice : un parangon d’exigence. Rares sont les plumes qui me satisfont pleinement, les verbes que je ne réécris pas mentalement pour contourner les petits grains de sable qui me gênent. Victor Hugo, Anne Rice, Robin Hobb : seul leur talent égale leur productivité. Ils me fascinent, ces géants pour qui rien n’est impossible ni impénétrable.

« Il suffit de se surpasser » : c’est ma devise, à l’époque. Malgré tout, mon ambition abdique devant le titan Roman : je ne me sens pas de taille. Et puis ? Et puis un jour, le roman s’impose de lui-même. Le carnet de notes, registre des inspirations impromptues, déborde. Ce qui semblait disparate prend sens. Une ligne se dessine : je sens qu’elle ne déviera pas. Des visages apparaissent : ils portent leur histoire et je n’ai plus qu’à la raconter. L’idée porte, les recherches soutiennent, le travail rend humble. Le livre s’achève et laisse un goût d’abandon : à force de me concentrer, jusqu’au dernier mot, je n’ai pas vu la fin arriver. La vie du roman commence alors, sans moi ou presque, puisqu’il témoigne de la mienne.