L’hymne de nos campagnes

Il a tout pour me plaire, Charles Exbrayat. Avec ce X intrigant, cet Y majestueux, ce faux-air d’infinitif cruel (n’entend-t-on pas « broyer » ?) et ce prénom fleurant bon la réminiscence baudelairienne, j’ai cédé. Qu’écrit-il au juste, le broyeur d’adjectifs, le retourneur de propositions, l’éventreur d’oxymore ?

Des polars.
Mais attention. Malgré le sigle alléchant des éditions « le Masque et la Plume », le plumitif n’empiète pas sur les plates-lignes d’une certaine Agatha C. Non, ce cher Charles chérit les lointaines contrées charentaises, les villages italiens en passe de disparaître, havres déliquescents où ronronnent… les grands-pères déguisant le corps de celui auquel ils viennent de faire avaler leur canne dans le sens de la largeur en leur propre dépouille, les octogénaires corses décimant la mafia locale entre deux tricots, les notables pourris et incestueux.

S’il y a un domaine où l’écrivain excelle, c’est bien la titraille : Et qu’ça saute !, Quel gâchis inspecteur ou encore Vous manquez de tenue Archibald sont autant de présages à la rigolade. Mais ne croyez pas qu’Exbrayat est à la littérature ce que Robert Thomas est au septième art. Si ces artistes sont tous deux décalés, l’un sera à tout jamais un incompris de service…

Les plus cinéphiles d’entre vous connaissent déjà sa plus célèbre héroïne, l’impossible Imogène McCarthery, incarnée par Catherine Frot.

Qui a tué et comment, voilà bien ce qui ne retient pas l’attention.
Ce que je préfère, ce sont ces atmosphères pesantes, ces mobiliers démodés, ces policiers en plein divorce agressant les suspects au beau milieu de leur interrogatoire. Exbrayat, c’est un peu Columbo quittant les beaux quartiers amerloques pour traîner ses croquenots dans les bouses creusoises.

Les romans d’Exbrayat, c’est un peu l’hymne de nos campagnes…