Matin brun

Voici un très court récit de Pavlov qui aborde les régimes dictatoriaux par l’angle… des chiens, indissociables de son nom désormais.

Imaginez qu’un beau jour tous les animaux qui ne sont pas bruns (c’est-à-dire tous les blancs, blonds, roux, noirs, tachetés, tigrés…) soient interdits et que cette interdiction s’accompagne de l’exécution dudit animal et de sanctions sévères pour le maître. Que faites-vous ? Vous pliez-vous à la loi d’État et faites-vous piquer votre chat pour en acheter un conforme, comme le narrateur ? Devenez-vous un Juste ? Vous en fichez-vous sous prétexte que vous n’avez pas de compagnon à quatre pattes et que de toute façon vous n’aimez pas les animaux (auquel cas, posez-vous des questions) ?

Maintenant, imaginons qu’on supprime votre journal quotidien parce qu’il a pris la défense d’un terre-neuve noir, d’un hamster couleur carotte, d’un lapin gris.

Troisième étape : toute personne ayant eu un animal de couleur non autorisée par le passé peut se le voir reprocher. Il suffit de ne pas le dire, hein ? Oui, mais les voisins parlent…

Vous n’avez plus de nouvelles de votre meilleur ami, ancien propriétaire d’un labrador trop clair. Il a peut-être pris la fuite. On l’a peut-être arrêté.

Enfin, on frappe à votre porte.

Court, simple, efficace. « Matin brun » développe en quelques paragraphes la montée de la tension, le rapprochement de la menace, la réflexion qui se fait petit à petit quand on devient concerné par cette menace. Je n’avais pas pensé que cette « fantaisie » qui m’avait fait rire au début pouvait m’entraîner sur une pente si dangereuse… D’ailleurs, je m’était dit : « Que ne va-t-il pas inventer! », comme d’une bonne blague… C’est vrai, c’est si incongru que c’est presque drôle ce genre d’interdiction arbitraire, sans fondement.

Je vous conseille vivement de le lire, ce petit « Matin brun », avant de vous rendre compte un jour que vous étiez volontaire pour porter une laisse et une muselière…