Mirabilia

L’homme ne s’aime pas. Il ne se suffit jamais à lui-même. Il admire ce qui ne lui ressemble pas et jalouse ce qu’il ne possède pas. Comme si ce qu’il ne possède pas n’avait pas le droit d’exister hors de lui. Comme si tout lui revenait de droit. Or, la nature ne connaît pas le droit. La nature connaît la terre vivante qui crache le feu, le prédateur qui a faim, la proie qui veut vivre. L’homme a fui les volcans, chassé l’ours et le loup, mis les oiseaux en cage, les chevaux et les bœufs sous le joug, les coqs et les chiens au combat, les singes en laboratoire. L’homme ne s’aime pas, alors il ne vénère rien. Rien d’autre qu’un rêve de lui-même : Tout-Puissant…

Nous, les merveilles hybrides, nous nous aimons. Comment pourrions-nous faire autrement ? Nous sommes le Sphinx, nous sommes Thot, nous sommes Mélusine, nous sommes les centaures. Nous rassemblons l’instinct et la grâce, l’intelligence et la ruse, la rapidité et la force, la parole et le feu. Nous galopons, nous volons, nous nageons, nous contemplons, nous philosophons. Notre complétude ressemble à la perfection. Or, la nature ne connaît pas la perfection. La nature suit son cours comme nous suivons le nôtre.

Nous savons que le pouvoir n’existe pas et nous ne voulons pas régner. Nous savons que l’éternité n’est pas enviable et nous mourrons. Nous savons que l’argent ne vaut pas le brin d’herbe ou la chair qui nourrit, alors nous chassons… et nous sommes chassés. Tout prédateur est aussi une proie. L’équilibre, c’est l’instable. Comme le lapin se réfugie dans son terrier, comme l’oiseau prend de la hauteur, nous regagnons parfois notre chambre des Merveilles, le Cabinet de Curiosités. Lui, il suit les chemins. Ceux qui se tracent, ceux qui se croisent, ceux qui se perdent et se redessinent.

© Hilda Alonso.