Ouroboros

Il est embroché sur la lance et il rit. Cet homme meurt en riant, le corps en lambeaux et couronné de ses longs cheveux poussiéreux. Face à lui, le soldat romain transpire sous l’armure et n’arrive pas à lâcher l’arme lourde du cadavre. Il n’a jamais rien connu de tel. Seules les bêtes se battent ainsi : sans une pensée pour les conséquences définitives, avec la rage de l’instant présent, sans regret et sans retenue. César lui-même en reste coi. César lui-même salue la bravoure des ennemis. Les Celtes courent, sur les champs-de-bataille. Les Celtes craignent l’esclavage mais pas la mort.

La mort se voit et se sent. La mort se vit. Elle est passage, comme le jour cède à la nuit et la nuit au jour, dans le recommencement infini : la mort est le milieu d’une plus longue vie. La mort, celle du guerrier, n’est ni plus ni moins importante que la mort du bœuf sacrifié, de la femme morte en couches, du marin qui a rejoint les eaux, du malade qui a trop frémi. Toi qui engendre un futur mourant, toi qui fus engendré, toi qui es né, tu renaîtras car si la mort doit te faire cesser d’exister, c’est que tu n’as pas pleinement vécu.

© Hilda Alonso.