Premier extrait

« Une légère étole de brume enveloppait encore le pied des arbres. Les premiers rayons du soleil adoubaient l’existence de chaque feuille, éclairaient l’or des renoncules rendu plus vivace au voisinage des sapins, d’un vert presque noir. Les têtes brunes des champignons étincelaient au gré de la lumière changeante, comme ces perles cachées au fond de la mer et dont l’éclat fortuit trahit la retraite. À ces trésors révélés du sous-bois s’ajoutait la blancheur soudaine d’un brin de muguet cédant sous le poids de ses clochettes épanouies. Un gazouillis se fit entendre et de nid en nid, les rossignols, les pies et le pinson se répondirent, comme tout dans la nature unanime devise et s’entend.

Plus avant dans les hauteurs, lové au cœur de son indécelable refuge, un autre animal s’éveillait lentement. La fraîcheur du matin avivant la conscience du corps, Éponine ramena sur son épaule la fourrure odorante. Les ténèbres se dissipaient peu à peu sous ses paupières. Comme chaque jour, elle posa la main contre les branches robustes autour desquelles était construite sa cabane. Ce ne pouvait être qu’un chêne, ce pilier sur lequel tout repose, de la plus petite science à l’Inconnaissable qui régit l’essence de la vie. Elle se leva, ouvrit le volet, scruta l’épaisseur foisonnante des feuillages. Elle se sentait le témoin privilégié du commencement du monde. »

© Hilda Alonso.