Rosenrot

Je ne m’ouvre que pour cet instant fragile, celui qui ne peut pas ne pas être. Je suis le trésor ultime. Je suis digne de tout ce que l’on n’oserait pas faire pour moi. Je suis celle que l’on mérite. Celle qui s’offre… et qui s’enfuit. Je suis l’emblème de l’unicité retrouvée. Je suis à moi seule un bouquet.

Ils ont été nombreux à regarder mon bouton palpiter, attendant que le soupir enfin fasse jaillir mes pétales carmins et dorés. Ils se sont tous piqués, en vain, à mes épines. Seul le vent peut me caresser sans crainte.

Depuis Jéricho, j’ai croisé des pèlerins emmaillotés, sur les rives d’une mer moins rouge que moi. J’ai connu la soif au point de me racornir mais, Phœnix des fleurs, je renais à la première goutte de rosée. La soif : c’est elle qui maintient en vie. C’est pourquoi je fais mentir les poètes : moi, je ne flétris et ne me fane point, je peux attendre à demain. Les roses d’or perdront leur éclat avant que le soleil n’entame le mien.

J’ai soif d’une eau si pure que je suis prête à mourir en l’attendant.

« Rosenrot, oh Rosenrot
Tiefe Wasser sind nicht still »
« Rose rouge, oh rose rouge
Les eaux profondes ne dorment pas »*

* In « Rosenrot », album Rosenrot, Rammstein, 2005, Universal.

© Hilda Alonso.