Second entracte : Le Cabinet anthropomorphique

Solitude d’agonie. La maison est vide : le pinceau ne traduit plus ces lumières mordorées où la poussière de bronze vole, libre. Déjà passé, déjà jauni, l’homme sans attention est un meuble vide, qui ne sert plus. Paranoïa : c’est placer l’esprit hors de soi, trouver ce point où « finit le génie et où commence la folie »*, ouvrir les tiroirs de la pensée pour que les moulins deviennent châteaux en Espagne. La mémoire, compartimentée, trompe l’œil, elle aussi. La chair gonflée se ride.

Qu’y a-t-il dans le ventre, si ce n’est la peur, si ce n’est ce mouchoir de soie froissé prêt à recevoir la larme ? La jambe est tendue, comme celle d’un cadavre devenu statue. La main si haute, que fait-elle ? Appelle-t-elle à l’aide ? Repousse-t-elle l’importun ? Ta main, tendue, vers un dos tourné. Toi qui es sans visage, serais-tu sans histoire ? Le rideau de tes cheveux te cache et te cache le monde, celui qui avance et qui n’attend pas.

Le géant redevient poussière, cette terre de désert dont les plus grands tirent leurs pigments. L’huile, elle, te pleurera.

« Si te reencarnas en cosa
Hazlo en lapiz o en pincel »*

 

*« De donde acaba el genio / A donde empieza el loco » : in « Eungenio Salvador Dali », album Descanso dominical, Mecano, 1990, Ariola.

© Hilda Alonso.