Sic transit anima mundi

Les couleurs changeantes de la matière première ont éclairé notre obscurité originelle. C’est ainsi qu’a commencé l’expérience. Les premières réactions se sont fait attendre. Ici, personne ne croit plus en aucune promesse. Y a-t-il seulement quelque chose à comprendre ? Quelque chose à apprendre ? Nous, nous ne disons rien. Protester demande trop de force.

D’abord réfractaires, les matériaux se sont condensés mais la résistance n’a pas duré : les vulnérables n’ont jamais le choix. L’alchimie élémentaire devait avoir lieu, nous avons donc laissé naître les affinités électives. Vapeurs lourdes d’alcools, poix de soufre dans le creuset, flamme bleue sous la cornue noircie : l’œuvre au blanc tourne court, la panacée s’éloigne à nouveau… Nous devons, comme toujours, nous débrouiller seuls, puisque nous ne pouvons compter sur personne. Patience et lenteur, nous renaîtrons peut-être de nous-mêmes. Nous accomplissons notre transmutation, nous qui sommes si près de mourir. Comment pourrions-nous rêver d’immortalité quand l’infime, déjà, nous pèse et nous bouscule ? Nous n’assumerions pas l’éternité. Si nous la trouvons, nous laisserons la pierre philosophale à qui la veut.

Nos joyaux, à nous, ne brillent pas. Ils sont pierres d’univers : météorites, fragments d’astéroïdes, enfants de l’immensité et du trou noir. Ils pèsent lourd dans la Balance des Désirs, si sensible : les plateaux penchent, le fléau ploie et le couteau menace de se rompre. Les pièces d’or rouge sont dans tous leurs états : l’eau régale peut à tout moment les dissoudre, si l’incertaine confection de quelque élixir l’exige… Mythridate, l’alambic ventru, ronronne à gros bouillon, comme s’il tentait de contenir l’orage. Il distille le mercure, en assimile les charmes de poison argenté, élabore les précipités de notre chute.

Toujours, la magie pour perdurer doit servir. La sens-tu vibrer, cette onde qui nous traverse et nous relie tous ? Entends-tu ?

“Words like violence
Break the silence
Come crashing in
Into my little world »*

C’est la langue hermétique des oiseaux qui portent malheur…

* “Enjoy the silence”, Depeche Mode, album Violator, 1989, Mute Records.

© Hilda Alonso.