Sortilège

Une fleur sauvage à la branche sèche. Une pomme coupée par le milieu de sa hauteur. Ses pépins bruns ponctuent la rosace. Dans l’eau du petit chaudron, la lune pleine se reflète. Pincées de sel. La magicienne dose. L’athamé n’a jamais fendu chair : il n’affectionne que la terre où se plante sa pointe, comme l’épée légendaire fait son fourreau de la pierre.

Sur le plomb de la tablette de défixion, une main tremblante a gravé son incantation :

J’en appelle à toi qui sais
Par-delà les nuages
Et par-delà le temps
J’en appelle à toi
Car tu sais
Influencer la matière
Soulager l’esprit
Aviver le corps
Incliner les volontés
Tu parles le langage secret de la nature
Tu sais lire entre les lignes qu’elle a écrites
Tu comprends la loi du triple retour
Et je veux revenir…

Le courant d’air vient d’aller l’espoir d’une flamme sur la chandelle aux deux bouts. Sur la planche Ouija, la goutte glisse sans bruit :

E C O U T E  L E  R E V E
I L  E S T  P R E M O N I T I O N
C O N V O Q U E  T A  C H A N C E
S O I S  T O N  P R O P R E  T A L I S M A N

© Hilda Alonso.