Sous la loi des hommes

Je me rappelle ta blessure. Je me rappelle ton visage. Je me rappelle ce regard de bête farouche, lorsque j’ai porté la main à ta chair blessée. J’ai lu dans ton œil tant de contradictions et de peur : il en fallait peu pour que tu me haïsses, moi la sauvage qui semblait moins perdue que toi.

Toi…Tu es l’otage. Celle qui ne peut pas faire un pas sans leur assentiment. Celle que la rumeur poursuit et menace. Tes enfants ne sont même pas les tiens : ils sont ceux des hommes, comme tu es et ne seras jamais que la fille de ton père, la femme de ton mari, l’ouaille de ton curé. On t’a ôté les mots, on t’a ôté les armes : c’est parce que tu ne peux plus te défendre qu’ils t’attaquent. Je sais que tu ne m’as pas crue, sans pour autant oser nier ma parole. Je sais ce qui t’a poussée loin de chez toi cette nuit-là. C’était l’instinct de survie, le pressentiment d’un autre possible. Crois-moi : tu t’es montrée plus courageuse que les hommes.

Moi… J’ai été élevée par ma mère. C’est par elle que je sais. Je ne possède rien d’autre que les sciences qui ont fait de moi une femme-livre : où que j’aille, les étoiles me conduisent, l’empreinte me renseigne, l’herbe me soigne. Si je choisis un homme et qu’il me choisit aussi, nous nous lions et nous délions si nous le souhaitons, sans craindre les jugements des dieux. Ma fille, comme moi, sera libre. Ce qu’elle fera de ses mains lui appartiendra. Je suis Éponine, femme celte, dernière druidesse.