Stabat mater

La rosée, captive, pare la dentelle blanche et la toile, constellée de ces joyaux, devient attrape-rêves… Dans chaque perle de pluie, l’âme d’un dormeur se réfugie. Le démon-diadème, la déesse du fond des âges trône ici. Elle est la maïeuticienne originelle, la chasseuse immobile, la patiente menace : son giron donne la vie, son poison sème la mort…

Elle est la Mère et elle se tient debout, sur ses longues pattes arrière, les bras grands ouverts pour bercer ce monde, qu’elle a engendré et peuplé. Ses innombrables enfants ne mourront pas de faim tant qu’elle veillera et elle ne dort jamais de tous ses yeux. Son pas lent, cadencé, se pose sur la soie dont les vibrations silencieuses semblent faire soupirer la nature entière. Elle est la Veuve tatouée, qui jamais ne sera récompensée de ses bons soins car rien, jamais, n’efface la peur… Son abdomen noir, poli et luisant semble verni. Son dos porte le sablier rouge : qui passe là sait qu’il croise la Parque, capable à tout moment d’écourter le fil de sa vie ou de le mêler à d’autres existences. Car elle est l’architecte : votre destin repose entre ses mains.

« Om̐ …» À l’autre bout du monde, le yogi envie et salue la filipendule. Par son murmure, il se hisse comme elle tisse vers les cieux ses passerelles invisibles. Sa peau s’effrite : bientôt viendra le temps de la mue. L’araignée laissera là cet avatar creux, comme un héritage à ses ennemis et s’en ira élever un nouveau temple, que le vent honorera ou détruira…

© Hilda Alonso.